Séminaire Alain Badiou

L’Immanence des vérités (3) : les deux finitudes, la scission subjective et le bonheur
18 Mai 2015
20H

Dans les séminaires des deux dernières années, nous avons établi les points suivants :

1. L’idéologie dominante, dans le monde contemporain, celui du capitalisme impérial mondialisé, repose sur une acceptation consensuelle de la finitude. La norme indépassable du Sujet y est en effet la satisfaction. Par un renversement de la maxime antique, déjà pointé par le très regretté Gilles Châtelet, il est imposé aujourd’hui de penser que mieux vaut un pourceau satisfait qu’un Socrate mécontent.

2. S’opposer à cette idéologie ne revient évidemment pas à s’installer dans l’infini comme s’il était une patrie spirituelle séparée. Ce fut, et c’est encore, la stratégie du spiritualisme religieux. Elle est d’autant plus inopérante que Dieu est mort, probablement depuis assez longtemps, bien que la date exacte de son décès ne soit pas encore connue avec la précision nécessaire.

3. Après tout, un réalisation humaine, si universelle soit-elle, peut toujours être déclarée finie. La sortie de l’idéologie de la finitude est comme toujours dialectique : il ne s’agit pas de détruire le concept adverse pour le remplacer par un autre, pas plus qu’une vraie révolution, nous en sommes aujourd’hui avertis et certains, ne consiste à détruire un Etat pour le remplacer par un autre, même s’il faut en passer par là. Il s’agit de diviser la catégorie sous-jacente au dispositif mental adverse, de la déplacer sur un horizon distinct, de l’articuler à ce à quoi elle semblait soustraite. En la circonstance, il s’agit de diviser le concept élémentaire que résume l’adjectif : fini. Que veut dire « fini » ? Telle est la question ontologique qui soutient aujourd’hui ce que nos vaillants ancêtres appelaient « la lutte idéologique».

4. Je propose que cette division fasse contraster deux types de fini, et donc de finitude, celle qui relève du déchet, et celle qui relève de l’œuvre. On dira que la finitude du consommateur contraint, la finitude de l’occidental, la finitude du pourceau, relève d’une circulation passive des déchets, autrement nommés « marchandises », circulation réglée par l’infini inaccessible et innommé du Capital comme tel. On dira que la finitude de l’homme libre, la finitude égalitaire, la finitude de Socrate, ou du communisme, relève d’une interruption active de la circulation par l’effet d’une oeuvre Cette interruption prend toujours la forme d’une démonstration, ce qui la lie à la science, d’une action, ce qui la lie à la politique, d’une passion, ce qui la lie à l’amour, ou d’une contemplation, ce qui la lie à l’art.

Il s’agit cette année d’entrer dans le détail des opérations vivantes, créatrices, disciplinées, qui permettent de se tenir autant que possible dans la logique de l’œuvre, et de conquérir, pour le sujet ainsi engagé, la possibilité de faire enfin l’expérience de la vie vraie, et par conséquent du bonheur.

Entrée libre

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Biographie

Philosophe, dramaturge, essayiste, romancier, penseur politique, passionné de mathématiques fondamentales et de logique formelle, il est aujourd’hui considéré dans les universités du monde entier comme
l’un des plus grands philosophes français vivants. Dans les années 1960, il s’engage en politique et devient l’un des intellectuels les plus actifs du maoïsme français. Fidèle à ses convictions il reste aujourd’hui encore un ardent défenseur du Communisme. Il est actuellement professeur émérite de philosophie à l’École normale supérieure (Ulm) où il a fondé le Centre International d’Étude de la Philosophie Française Contemporaine.

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Vidéo Séminaire Alain Badiou - séance du 18 mai 2015
L’Immanence des vérités (3)

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