Questions aux artistes 14-15

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De : Marie-José Malis
Date : 1er avr. 2014 10:14:23
A : artistes saison 14 15

Bonjour,
En vue de la préparation de notre brochure de saison, nous vous adressons une série de questions. Elles sont les mêmes pour tous. Elles visent l'énergie du manifeste et peut-être vous surprendront-elles (un peu). Elles espèrent composer un état de notre, de nos, « discipline(s) » et de nos émotions face à elle. J'avoue que c'est ainsi que je vous vois et c'est pourquoi je me suis permis de vous proposer ce petit exercice: comme des gens fidèles à l'exigence aussi de ce que furent les avant-gardes,  à la question du le nouveau beau et qui se demandent comment faire entrer de l'air dans la pièce? de leur art? de notre condition présente?  Et au fond, j'aimerais que cette brochure puisse se lire ainsi, comme le concentré aussi de ce que fut un temps de notre art, de nos désirs en lui, recueilli dans ce théâtre de La Commune. Ainsi, avec l'énergie des idiots qui débutent, je ne désespère pas d'atteindre un peu d'émotion ou de réel vital à travers ce type de documents qui n'en demande pas tant!
Je suis assez impressionnée de vous écrire ce mot. Je commence ainsi à dire officiellement mon admiration et ma joie. Et ma timidité.

Vous l'avez compris, je vous demande d'essayer de répondre à ces questions. Comme vous le voudrez, tout sera bon à prendre, du laconisme à la dissertation, des désinvoltures à la gravité, et tous les media du monde: on ne va pas se gêner.

Je vous dis merci.
Et vous salue bien,
Marie-José, avril 2014

I
Est-ce que tu fais du théâtre ?
réponse a) Oui
réponse b) Non

II
Si réponse a) Que veux-tu de lui ?
Si réponse b) Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
(on est autorisé à répondre aux deux !)

III
« On traverse un tunnel – l’époque », disait Mallarmé.
Qu’est-ce qui bouche le désir ?
Comment tu le débouches ?

IV
L’Amour ? La Beauté ?
Tu les cherches encore ?
Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?

A la Commune
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Alain Badiou

Est-ce que tu fais du théâtre ?
Je ne sais pas trop comment répondre, car qu'est-ce exactement que « faire » du théâtre ? J'ai été acteur dans ma jeunesse, dans la troupe de mon lycée. J'ai écrit six pièces de théâtre, dont cinq ont été jouées. J'ai écrit deux livres sur le théâtre. J'ai participé à de nombreux débats sur le théâtre, et j'ai fait aussi des lectures publiques de textes théâtraux. J'ai eu au moins deux amis qui eux, à coup sûr, faisaient du théâtre : Antoine Vitez et Marie-José Malis. Un autre dont la vie était commandée par le théâtre : François Regnault. J'ai collaboré pendant des années avec un metteur en scène et directeur de théâtre, Christian Schiaretti. Et bien d'autres choses encore me lient au théâtre. Est-ce que tout cela additionné est un « faire » ? Je répondrai plutôt non, à vrai dire. Parce que le « faire » du théâtre est localisé, précis. Au bout du compte, font du théâtre les acteurs et les metteurs en scène, peut-être les décorateurs et les éclairagistes, le ouvriers du théâtre...Disons que je suis quelqu'un pour qui le théâtre est un élément important de sa pensée.

Qu'est-ce que tu veux, ou ne veux plus, de lui ?
Je veux qu'il persiste, autant que faire se peut, à nous orienter dans l'Histoire, à clarifier les conflits cruciaux, et, comme le disait Vitez, à introduire un peu de lumière dans notre inextricable vie. En somme : qu'il soit un agent efficace de l'orientation des sujets dans un temps désorienté.
S'il ne fait rien de tout cela, le théâtre s'inverse en « théâtre », soit une représentation démagogique et redondante des bassesses de l'époque.

Tunnel. Qu'est-ce qui bouche le désir ? Comment je le débouche ?
Le désir est bouché par la prévalence commerciale du faux désir des objets, par la comparution subjective devant le Marché comme seul juge de la valeur d'une existence. Il l'est aussi par l'acceptation intime des inégalités monstrueuses et des forfaits innombrables qu'impose le maintien de cette prévalence monétaire.
Je le débouche par l'exercice appliqué des quatre procédures de vérité : l'art (et singulièrement l'art du théâtre), la politique communiste, la science désintéressée (singulièrement les mathématiques) et l'amour, le pur amour dans son éprouvante et succulente durée.

Amour et Beauté.
Qui les cherche vraiment, même dans le monde désorienté qui est le nôtre, les trouve. Parce que quand fait défaut l'évènement crucial qui origine une vérité, il reste cependant toujours dans le monde les traces des surgissements antérieurs, et les situations au bord du vide où peut se déclarer, localement, la rupture à venir. Travail énergique et patient, fidélité enthousiaste, confiance dans la pensée, amitié pour les peuples, bref : Démonstrations, contemplations, saisissements et actions tenaces, trouvent toujours leur récompense : un fort moment où nous sommes réorientés, où l'individu que nous sommes advient comme Sujet.

A la Commune
texte Alain Badiou , mise en scène Patrick Zuzalla
.

Alain Badiou

Est-ce que tu fais du théâtre ?
Je ne sais pas trop comment répondre, car qu'est-ce exactement que « faire » du théâtre ? J'ai été acteur dans ma jeunesse, dans la troupe de mon lycée. J'ai écrit six pièces de théâtre, dont cinq ont été jouées. J'ai écrit deux livres sur le théâtre. J'ai participé à de nombreux débats sur le théâtre, et j'ai fait aussi des lectures publiques de textes théâtraux. J'ai eu au moins deux amis qui eux, à coup sûr, faisaient du théâtre : Antoine Vitez et Marie-José Malis. Un autre dont la vie était commandée par le théâtre : François Regnault. J'ai collaboré pendant des années avec un metteur en scène et directeur de théâtre, Christian Schiaretti. Et bien d'autres choses encore me lient au théâtre. Est-ce que tout cela additionné est un « faire » ? Je répondrai plutôt non, à vrai dire. Parce que le « faire » du théâtre est localisé, précis. Au bout du compte, font du théâtre les acteurs et les metteurs en scène, peut-être les décorateurs et les éclairagistes, le ouvriers du théâtre...Disons que je suis quelqu'un pour qui le théâtre est un élément important de sa pensée.

Qu'est-ce que tu veux, ou ne veux plus, de lui ?
Je veux qu'il persiste, autant que faire se peut, à nous orienter dans l'Histoire, à clarifier les conflits cruciaux, et, comme le disait Vitez, à introduire un peu de lumière dans notre inextricable vie. En somme : qu'il soit un agent efficace de l'orientation des sujets dans un temps désorienté.
S'il ne fait rien de tout cela, le théâtre s'inverse en « théâtre », soit une représentation démagogique et redondante des bassesses de l'époque.

Tunnel. Qu'est-ce qui bouche le désir ? Comment je le débouche ?
Le désir est bouché par la prévalence commerciale du faux désir des objets, par la comparution subjective devant le Marché comme seul juge de la valeur d'une existence. Il l'est aussi par l'acceptation intime des inégalités monstrueuses et des forfaits innombrables qu'impose le maintien de cette prévalence monétaire.
Je le débouche par l'exercice appliqué des quatre procédures de vérité : l'art (et singulièrement l'art du théâtre), la politique communiste, la science désintéressée (singulièrement les mathématiques) et l'amour, le pur amour dans son éprouvante et succulente durée.

Amour et Beauté.
Qui les cherche vraiment, même dans le monde désorienté qui est le nôtre, les trouve. Parce que quand fait défaut l'évènement crucial qui origine une vérité, il reste cependant toujours dans le monde les traces des surgissements antérieurs, et les situations au bord du vide où peut se déclarer, localement, la rupture à venir. Travail énergique et patient, fidélité enthousiaste, confiance dans la pensée, amitié pour les peuples, bref : Démonstrations, contemplations, saisissements et actions tenaces, trouvent toujours leur récompense : un fort moment où nous sommes réorientés, où l'individu que nous sommes advient comme Sujet.

A la Commune
texte Alain Badiou , mise en scène Patrick Zuzalla
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Thierry Bedard

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui, à défaut de crier dans les rues une révolte profonde contre « une humanité qui jongle sur sa raison d’être » ...

réponse a) : Que veux-tu de lui ?
Je veux que le théâtre me donne encore l’illusion (!) de la possibilité de changer le monde et les conditions de vie des hommes, de lutter contre la servitude, l’injustice, la violence, la souffrance, l’humiliation, l’insécurité, les atteintes à la dignité humaine ... (c’est amusant, je crois que c’est assez proche de ce que souhaitaient les fondateurs du Théâtre de La Commune).
C’est un programme de désespéré ... mais nécessaire contre une société traitre et insincère, une société pleine d’une morgue insupportable. Un programme qui intègre tout de même une certaine ironie. J’ai juste la prétention de « rendre visible ce qui gouverne nos existences » et ce qui ordonne nos pensées, même les plus secrètes.

réponse b) : Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
Dans ce monde de confusion partagée, je dirais que je ne veux plus de cette sorte de « dissonance cognitive » dans le théâtre français - la dissonance cognitive est une maladie grave : c’est le savoir accompagné de refoulement !

III°) « On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé.
Son époque a donné la grande guerre. Notre vingt et unième siècle sera probablement un siècle d’extrême violence, j’en suis certain, mais je ne sais pas si je doit justifier ce commentaire ...

Qu’est-ce qui bouche le désir ? Comment tu le débouches ?
Une autre citation de Mallarmé: « Vaincre le hasard mot pour mot ». Il aimait la rhétorique, et là, je reste perplexe face à la génialité de la proposition – on pourrait rêver d’un acteur énonçant cette phrase improbable au public, un public restant bouche bée comme la bouche un peu ridicule de l’acteur déformée par le dernier ... mot.
En fait, j’aime retrouver les plateaux des théâtres même si je me sens très éloigné du théâtre actuel, du moins dans ses discours. J’ai surtout le désir de m’amuser et de beaucoup rire de sujets impossibles, comme une partie de mon travail actuel – en particulier la série d’Un monde idéal et le cycle des Exercices et menaces *. J’ai ces dernières années un peu voyagé dans des pays de misère, j’ai sombré dans une empathie suspecte, mais c’est ce qui a fondé mes réflexions et exacerbé mes sentiments. Finalement, j’aimerais avoir la force de brailler dans le métro, comme les types qui cauchemardent leur vie au milieu de la foule, d’une manière si poignante.

IV°) L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
Je ne saurais répondre autrement qu’avec ces quelques mots de Joseph Conrad, tiré d’une lettre à l’une de ses amies :
On peut parfois atteindre à une sincérité si manifeste qu’à la fin, la vision de regret ou de pitié, de terreur ou de gaieté qu’on présente éveillera dans le cœur des spectateurs (cf : des lecteurs) le sentiment d’une inévitable solidarité, dans la joie, dans l’espérance, dans une incertaine destinée qui unit les hommes les uns aux autres ... Je suis sincère.
*.« Le mot exercice ne doit pas faire oublier que l’on s’exerce, toujours en vue d’un danger réel afin d’empêcher que le pire survienne. Et les erreurs ne sont pas autorisées bien qu’elles soient vraisemblables. » (Peter Slotedijk)

A la Commune
texte et mise en scène Thierry Bedard
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Thierry Bedard

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui, à défaut de crier dans les rues une révolte profonde contre « une humanité qui jongle sur sa raison d’être » ...

réponse a) : Que veux-tu de lui ?
Je veux que le théâtre me donne encore l’illusion (!) de la possibilité de changer le monde et les conditions de vie des hommes, de lutter contre la servitude, l’injustice, la violence, la souffrance, l’humiliation, l’insécurité, les atteintes à la dignité humaine ... (c’est amusant, je crois que c’est assez proche de ce que souhaitaient les fondateurs du Théâtre de La Commune).
C’est un programme de désespéré ... mais nécessaire contre une société traitre et insincère, une société pleine d’une morgue insupportable. Un programme qui intègre tout de même une certaine ironie. J’ai juste la prétention de « rendre visible ce qui gouverne nos existences » et ce qui ordonne nos pensées, même les plus secrètes.

réponse b) : Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
Dans ce monde de confusion partagée, je dirais que je ne veux plus de cette sorte de « dissonance cognitive » dans le théâtre français - la dissonance cognitive est une maladie grave : c’est le savoir accompagné de refoulement !

III°) « On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé.
Son époque a donné la grande guerre. Notre vingt et unième siècle sera probablement un siècle d’extrême violence, j’en suis certain, mais je ne sais pas si je doit justifier ce commentaire ...

Qu’est-ce qui bouche le désir ? Comment tu le débouches ?
Une autre citation de Mallarmé: « Vaincre le hasard mot pour mot ». Il aimait la rhétorique, et là, je reste perplexe face à la génialité de la proposition – on pourrait rêver d’un acteur énonçant cette phrase improbable au public, un public restant bouche bée comme la bouche un peu ridicule de l’acteur déformée par le dernier ... mot.
En fait, j’aime retrouver les plateaux des théâtres même si je me sens très éloigné du théâtre actuel, du moins dans ses discours. J’ai surtout le désir de m’amuser et de beaucoup rire de sujets impossibles, comme une partie de mon travail actuel – en particulier la série d’Un monde idéal et le cycle des Exercices et menaces *. J’ai ces dernières années un peu voyagé dans des pays de misère, j’ai sombré dans une empathie suspecte, mais c’est ce qui a fondé mes réflexions et exacerbé mes sentiments. Finalement, j’aimerais avoir la force de brailler dans le métro, comme les types qui cauchemardent leur vie au milieu de la foule, d’une manière si poignante.

IV°) L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
Je ne saurais répondre autrement qu’avec ces quelques mots de Joseph Conrad, tiré d’une lettre à l’une de ses amies :
On peut parfois atteindre à une sincérité si manifeste qu’à la fin, la vision de regret ou de pitié, de terreur ou de gaieté qu’on présente éveillera dans le cœur des spectateurs (cf : des lecteurs) le sentiment d’une inévitable solidarité, dans la joie, dans l’espérance, dans une incertaine destinée qui unit les hommes les uns aux autres ... Je suis sincère.
*.« Le mot exercice ne doit pas faire oublier que l’on s’exerce, toujours en vue d’un danger réel afin d’empêcher que le pire survienne. Et les erreurs ne sont pas autorisées bien qu’elles soient vraisemblables. » (Peter Slotedijk)

A la Commune
texte et mis en scène par Thierry Bedard
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Jérôme Bel

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui

II°) Que veux-tu de lui ?
qu’il sauve le monde.

III°) On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé. Qu’est-ce qui bouche le désir ?
La culture

Comment tu le débouches ?
L’art

IV°) L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
Je les décroche ! L’amour et la beauté sont trop galvaudés, ils empêchent de penser, je ne les utilise jamais, j’utilise d’autres mots : émancipation, singularité, subjectivation, événement, performativité…

A la Commune
de Jérôme Bel
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Sergio Boris

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui

Si respuesta a) Que es lo que quieres de el ?
Que el  cuerpo del actor logre pegar el salto saliendo del dominio de las ideas y la literatura.
Que le corps de l'acteur parvienne à faire le saut pour s'affranchir de la domination des idées et de la littérature.

III°) Qu'est ce qui bouche le désir ?
Le concept.

Comment tu le débouches ?
Avec la faim

IV°) L'amour ? La beauté ? Tu les cherches encore ?
Toujours.

Y a t il un endroit du monde où tu les accroches ?
Dans le regard

A la Commune
mis en scène par Sergio Boris
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Laurent Chétouane

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui, je regarde.

II°) Que veux-tu de lui ?
Qu’il ne sache pas.

Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
Qu’il nous fasse croire qu’il sait ou qu’il a su.

III°) On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé. Qu’est-ce qui bouche le désir ?
La peur.

Comment tu le débouches ?
En ayant peur.

IV°) L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ?
Pas toi?

Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches?
Autour de toi.

A la Commune
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Olivier Coulon-Jablonka

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui

II°) Que veux-tu de lui ?
Qu’il éclaire les ténèbres de notre temps présent. Cette lumière est forcément vacillante et menacée. J’aime l’image, empruntée à l’astrophysique, que certains astres disparaissants, continuent à scintiller aujourd’hui. Comme des voyageurs qui cherchent à s’orienter, nous avons besoin des grands textes du passé qui nous donnent force et courage. En retour, nous ne devons pas craindre de regarder cette obscurité du temps présent, qui libérée des fausses lumières du siècle, prend un nouvel éclat.

Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
Je n’entre jamais au théâtre comme dans un musée de choses mortes et glacées.

III°) « Nous devons traverser un tunnel : l’époque », disait Mallarmé. Qu’est-ce qui bouche le désir ?
La croyance qu’il n’y a pas d’issue, un seul monde possible, le nôtre. Mais celui-ci aussi est destiné à finir.

Comment tu le débouches ?
Je creuse patiemment avec ce que j’ai sous la main, une petite cuillère par exemple, comme dans le film de Jacques Becker, « Le Trou ».

IV°) L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
Je me souviens des enfants qui jouent et transforment tout ce qu’ils touchent.
L’amour, la beauté, je les trouve au théâtre quand je regarde les acteurs au travail. Dans la vie c’est parfois plus difficile. Nous ressemblons à ces personnages d’Andersen qui ont reçu dans l’œil un petit éclat de miroir qui déforme la vision. Mais comme pour les personnages du conte, la beauté nous surprend toujours quand on croit en avoir finit avec elle.

A la Commune
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Benoît Lambert

Répondre à Marijo

-Tu fais quoi ?
-Ben j’ai reçu un questionnaire de la Commune d’Aubervilliers, en fait c’est une idée de Marijo, elle envoie des questions à des gens qui vont être accueillis la saison prochaine à la Commune et nous, on doit répondre.
-Et pourquoi tu le dis sur ce ton là ?
-Quel ton ?
-Ben je sais pas, ça a pas l’air de te faire plaisir.
-Si si ! Mais bon… Déjà, les questions sont quand même hyper dures…
-Fais-voir.
-…
-…
-…
-Attends ! Mais c’est hyper-intéressant ! C’est pas souvent qu’on te pose des questions comme ça !
-Oui mais bon…
-Ben si, quand même ! Attends !...
-Oui mais le truc c’est que parmi les gens qui vont répondre, y’a Alain Badiou…
-Alain Badiou ? Le philosophe ?
-Oui…
-Et alors ?
-Et alors je me vois pas écrire des conneries insignifiantes qui vont être publiées à côté des trucs hyper intéressants que va répondre Alain Badiou… Ça me fout des complexes… Et puis y’a pas que Badiou…
-C’est qui, les autres ?
-Laisse tomber, j’aime mieux pas y penser…
-Ohlàlà… T’es con, de réagir comme ça… C’est pas un concours ! Tu repasses pas le bac, là !
-Oui mais bon…
-Tu réponds simplement, et puis voilà. Tu fais avec ton propre sous-développement personnel, comme dit l’autre, et ça ira très bien !
-Tu crois ?
-Mais bien sûr ! Allez, lance-toi ! C’est quoi, la première question ?
-C’est « Est-ce que tu fais du théâtre ? »
-Bon ben ça c’est facile, non ?
-Ouais, je sais pas… faut voir, y’a peut-être un piège…
-Mais arrête ! T’es complètement parano ! Alors ? Vas-y ! Est-ce que tu fais du théâtre ?
-Oui.
-Tu vois, c’est pas si compliqué. Allez, deuxième question. « Que veux-tu de lui ? »
-…
-Bon, ça OK, c’est moins facile… mais bon, t’as bien une idée ? Qu’est-ce que tu lui veux, au théâtre ?
-Ben en fait…
-Oui ?...
-Non mais disons qu’au début, quand j’ai vu cette question, j’ai pensé à des tas de choses, sur le public, la place du théâtre dans la Cité, l’émancipation et tout…
-Ben c’est pas mal, ça !
-Oui… mais si je suis vraiment honnête… Comment dire ça ?... Tu sais, dans la littérature populaire, il y a deux types de héros. Il y a les héros solitaires, comme Arsène Lupin, Zorro, Superman, Batman, Corto Maltese, Fantômette…
-Fantômette elle a des copines…
-Oui mais c’est juste des copines, c’est pas vraiment des héros… Et puis laisse-moi aller au bout sinon on va pas y arriver…
-Ok, pardon…
-Donc il y a les héros solitaires et puis il y a les groupes de héros : les Trois Mousquetaires, les Quatre Fantastiques, le Club des Cinq…
-Dans le Club des Cinq, y’a un chien…
-Et alors ?
-Non, rien pardon, continue…
-Donc, les groupes de héros…
-Ouais comme les Vengeurs…
-Voilà…
-… ou l’Agence tout-risques, les Pieds Nickelés, les Schtroumpfs…
-Oui, bon…
-… et puis t’as les duos, aussi : Blake et Mortimer, Quick et Flupke, Satanas et Diabolo…
-ARRÊTE !!!
-Ok, Ok, continue…
-Donc, t’as les héros solitaires et t’as les groupes de héros, bon. Moi j’ai toujours préféré les groupes de héros. Je saurais pas forcément dire pourquoi. Sûrement qu’il y a chez les héros solitaires un truc un peu autosuffisant qui m’a toujours paru suspect. Dans les groupes de héros, ce qui est intéressant, c’est que chacun possède une puissance singulière. Mais en même temps, cette puissance ne s’effectue pleinement qu’en se composant avec les puissances des autres…
-Ouais, comme dans les X-men, quand Colossus lance Serval sur les Sentinelles…
-Voilà, si tu veux… En tout cas, les héros qui travaillent en groupe, ils tirent d’abord leurs forces des liens qu’ils tissent, de ce qui les lie. Ça veut pas dire qu’ils s’entendent toujours bien, d’ailleurs. Dans les groupes de héros, les héros peuvent avoir parfois des rapports très agressifs ou très tendus. Mais malgré cela, ils doivent toujours inventer des façons de composer pour accroître leurs forces.
-Oui bon d’accord mais c’est quoi le rapport avec la question?
-Ben ça va peut-être te paraître bizarre, mais j’ai l’impression que c’est une expérience de ce genre que j’ai cherchée en faisant du théâtre… Si je suis vraiment honnête, c’est sans doute ça que je « veux » de lui.
-Attends, tu veux dire quoi ? Que toi et tes petits camarades, quand vous faites vos spectacles, vous êtes un groupe de héros, c’est ça ?
-Ben non, évidemment, c’est pas ça…
-Tu me rassures !
-Mais en même temps, si, c’est exactement ça. Parce que ça reste quand même incroyable, cette idée de faire une œuvre d’art à plusieurs, non ? Si il y a bien une chose que tu peux pas faire tout seul, c’est le théâtre. Un spectacle, c’est toujours un truc collectif, qui fonctionne en composant des forces ou des puissances singulières, celles de tous les gens extrêmement différents qui vont participer à la création du truc. Et ça, ça m’a toujours fasciné, sûrement parce que j’ai toujours voulu faire partie d’un groupe ou d’une bande. Si j’avais pas fait de théâtre, je serai sûrement devenu gangster.
-Mouais… Et c’est pas un peu fonctionnaliste, ton affaire ?
-Comment ça ?
-Ben déjà, je passe sur le côté boy-scout, hein : « on est tous ensemble, on se tient chaud, et la vie serait tellement plus belle si tous les p’tits gars du monde voulaient bien se donner la main »…
-Non mais attends, t’es totalement caricatural, là ! Je t’ai dit qu’entre les héros, ça pouvait être hyper tendu ! Alors « boy scout », hein… !
-Bon mais à la limite c’est pas ça le problème. Non, quand je dis « fonctionnaliste », je veux dire que dans ton affaire de groupe et de héros, là, y’a quand même un côté « à chacun sa place en fonction de ses capacités », non ?
-… ???
-Ben si ! Y’a un côté « chacun à un talent particulier et chacun doit jouer son rôle ou tenir son rang pour faire tourner la machine ». Ton truc des puissances qui se composent, si ça se trouve, c’est juste une façon chic de justifier l’ordre, la hiérarchie, la distribution des places et des pouvoirs. C’est totalement réac, en fait. Si tu continues comme ça, à la fin tu vas nous expliquer que c’est bien que les fils d’ouvriers aillent à l’usine et que les fils de cadres aillent à l’ENA !
-Mais n’importe quoi ! C’est pas ça du tout !
-Ben si, quand même un peu…
-Mais non ! Composer des puissances, ça implique pas forcément de sombrer dans l’assignation identitaire. Ça implique pas forcément d’épingler chacun à la place qui lui revient. Au contraire, une action collective c’est aussi un processus de désidentification, où il faut négocier en permanence, où il faut redéfinir les places, les faire jouer. Les puissances singulières de chacun, elles ne sont jamais fixées une fois pour toutes puisqu’elles se modifient totalement en se composant avec celles des autres…
-Mouais…
-Ben si ! Les X-men, ils s’organisent pas du tout pareil selon qu’ils doivent combattre Magneto ou la Confrérie des Mauvais Mutants ! Donc tu peux pas dire que cette composition des puissances, elle conduit forcément à punaiser chacun à « sa » place. Parce qu’il n’y a pas de places prédéfinies : les places, c’est dans le processus qu’elles s’inventent, dans le combat (pour les X-men) ou dans l’acte de création (pour le théâtre). Et je pense que ça marche aussi pour le foot, mais je suis moins sûr…
-Bon, admettons…
-Oui et puis avançons, aussi, parce qu’il reste encore deux questions.
-Mince, t’as raison ! Y’a encore deux questions. Ohlàlà ! Ça va être super long ! Allez, question 3 : On traverse un tunnel - l’époque, disait Mallarmé. Qu’est-ce qui bouche le désir ? Comment tu le débouches ?
-…
-…
-Oh la vache ! Elle est balèze, celle-là !...
-Ouais ben réfléchis pas trop, réponds ce qui te vient.
-Euh…
-Réfléchis pas, je te dis ! Allez ! Ce qui te vient !
-Euh… 3% !
-3% ?
-3%.
-C’est quoi, 3% ?
-C’est le déficit public maximal autorisé par les critères de convergence de la zone euro.
-… ???
-Ben attends, tu me dis « réponds ce qui te vient » ! Tu me parles de tunnel, d’époque, de désir bouché, moi ce qui me vient c’est ça : 3%. Le déficit public maximal autorisé par les critères de convergence de la zone euro.
-Et c’est quoi le problème? Tu trouves que c’est pas assez ? Tu préfèrerais 4% ?
-Non non, pas du tout. 3%, 4%, je pense qu’on s’en fout complètement. Je pense que c’est pas du tout le problème. Mais en revanche, si y’a bien un truc qui bouche le désir et qui transforme l’époque en tunnel, pour moi c’est ça.
-Tu veux dire : la zone euro ?
-Non, l’économie.
-Ah ouais tu veux dire le capitalisme financier, les marchés fous, la marchandisation du monde, tout ça ?
-Oui, ça évidemment mais pas seulement. Non. Juste l’économie. La théorie économique.
-Ah OK. Et euh… pourquoi ?
-Je sais pas… Je pense que dans la formation des élites contemporaines, ça doit jouer un peu le rôle que jouait la théologie au moyen âge. Ça repose sur des présupposés à peu près aussi solides, c’est assez infantile et ça produit essentiellement de l’obéissance.
-Mais t’as pas fait des études d’éco, toi ?
-Ben si, justement.
-Ah OK.
-…
-…
-Bon mais ça, du coup, tu le débouches comment ?
-Tu veux dire : à titre personnel ?
-Euh… je sais pas, c’est pas dit dans la question…
-Ben moi j’ai juste arrêté mes études d’éco pour faire du théâtre mais vu le contexte, je sais pas si c’est le conseil du siècle…
-Ouais… Évidemment…
-…
-Bon, allez, dernière question : « L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ? »
-…
-Ben merde alors…
-Elle déchire, cette question !
-Carrément !
-…
-Bon, tu dirais quoi ?
-Ohlàlà ! Alors là, aucune idée ! Bon déjà, je suis pas sûr d’avoir déjà cherché des trucs qui commencent par des majuscules, à part le prénom de ma fille, donc bon... Mais c’est pas grave, à la limite, parce qu’une question comme ça, on aurait simplement envie de l’écrire à l’entrée d’un théâtre. Ça aurait de la gueule, non ? Parce que c’est une question difficile, mais c’est pas une question compliquée. C’est pas une question intimidante. N’importe qui, même un enfant, peut la comprendre. Alors après, les réponses… Je sais pas… C’est le secret de chacun, non ? Et puis d’ailleurs, c’est une question qu’on peut avoir envie de garder, plutôt que d’y répondre.
-Ouais, ou dans une zone commerciale.
-Comment ça ?
-Non parce que t’as dit « c’est une question qu’on aurait envie d’écrire à l’entrée d’un théâtre » et je me disais « ouais, ou dans une zone commerciale », genre au milieu des pubs, tu vois ?
-Ah ouais !
-Sur le territoire de l’ennemi, quoi.
-Ah ouais non mais carrément !
-Ben ouais.
-…
-…
-Ouais mais bon, tu crois pas qu’il peut y avoir confusion ? Et que les gens pensent qu’en fait c’est une pub pour des fringues, par exemple ?
-Ouais… ou pour des cintres…
-Voilà…
-…
-…
-Ouais ben tant pis, on le fera quand même. Chacun comprendra comme il voudra. Redis-la, pour voir ?
-« L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ? »
-…
-C’est beau…
-Ouais. C’est beau…

A la Commune
de Molière , mise en scène Benoît Lambert
.

Maguy Marin

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
OUI

II°) réponse a) : Que veux-tu de lui ?
Qu’il parle d’Amour

réponse b) : Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
qu’il cesse de se compromettre pour plaire à tous (on est autorisé à répondre aux deux !)

III°) « On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé. Qu’est-ce qui bouche le désir ?
La peur

Comment tu le débouches ?
Par le courage

IV°) L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
Oui je les cherche encore. Je les rencontre souvent dans les paysages, dans les yeux des animaux et les visages des gens.

A la Commune
Maguy Marin
.

Valérie Mréjen

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui
Non
Ce n’est pas vraiment du théâtre mais un spectacle pensé pour les enfants, tous publics ou tout public, je ne sais jamais s’il faut écrire cette expression au pluriel ou au singulier.

 

II°) réponse a) : Que veux-tu de lui ?
Assister à ces moments précieux et intenses où il se passe quelque chose d’irremplaçable sur scène.

réponse b) : Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
Le fameux label ââââââ. Je pense qu’un seul â lui suffit.

III°) « On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé. Qu’est-ce qui bouche le désir ?
Le désir serait donc symbolisé par un tuyau?

Comment tu le débouches ?
J’hésite à appeler un plombier. Ils ont mauvaise réputation : arnaqueurs, chers, toujours à critiquer le travail de leurs prédécesseurs (et collègues), forcément des sagouins.
J’essaye de trouver un outil approprié et de faire les choses moi-même.

IV°) L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
Ah, je sens une pointe de pessimisme dans ta question. Je n’ai pas renoncé à cette quête de l’amour et de la beauté et me prépare justement à partir en expédition. J’ai réuni le matériel nécessaire : caleçon moulant pour le vélo, sandales à scratch, coupe-vent multicolore et sac à dos. J’ai bon espoir.

A la Commune
mise en scène et dessins Valérie Mréjen
.

Catherine Umbdenstock

I°) Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui
Si on entend par « théâtre » :
JEU
hymne à la vie
invitation, surprises
bousculade des codes et idées reçus
force d'interprétation
regard aiguisé porté sur nos réalités humaines sociales politiques
Ce théâtre qui est une fête.
Oui. Définitivement.

Non
Non, si on y associe 4 murs aux colonnes austères, aux sièges en velours aussi poussiéreux qu'un propos sans vision

II°) réponse a) : Que veux-tu de lui ?
Qu'il s'offre. Qu'il séduise. Qu'il soit enfant de son temps.

réponse b) : Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
Que quelqu'un ou quelqu'une y entre pour la première fois, et ne veuille plus jamais y revenir...

III°) « On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé. Qu’est-ce qui bouche le désir ? Comment tu le débouches ?
Il y a beaucoup de monde à endiguer sur la route.
Mais c'est plutôt bon signe. La destination attire, elle est désirée. Il y a du mouvement, et les phares des autres conducteurs nous permettent d'y voir plus clair.

IV°) L'Amour ?
C'est une citation à 2 francs, une inscription au Stabilo dans le bar pmu de mon village - là où on sirotait nos premières fois - et qui ne veut plus me lâcher : « Le plus beau moment dans l'amour, c'est quand on monte les escaliers ».
Vivons dans des gratte-ciel, des tours de Babel !

La Beauté ?
Si on m'en parle, je fuis en courant. Elle est dangereuse, elle est idéologique. Sa quête est une fausse route, plate, sans relief.
L'imperfection, le conflit, la contradiction, c'est la matière première du théâtre, de nos histoires. C'est grâce à elles que l'on grandit.

Tu les cherches encore ?
Je ne suis pas à la recherche de Concepts. Je suis en quête de mes contemporains : qu'est-ce qui les fait vibrer ? Qu'est-ce qui les/nous anime ? Qu'est-ce qui les/nous/me fait prendre position ? Quel évènement politique, sportif, artistique ? Pour se sentir exister, il faut pouvoir se construire un avis sur les choses. Le théâtre en est un moyen.

Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
L'Amour et La Beauté sont souvent l'effigie d'endroits à vocation trop douteuse pour moi. Je n'y mets pas les pieds.

A la Commune
de PeterLicht , d’après Molière , mis en scène par Catherine Umbdenstock
.

Patrick Zuzalla

Les Âges nouveaux

– essai de formulation
Oui, je fais du théâtre – un faiseur d’embarras, comme dirait le commissaire, qui, lui, est bon enfant –, mais dans la discipline et la merveille d’un haut poème.

Le théâtre, dans l’exercice
quotidien qui est le mien,
ou pour le spectateur
inconnu, survenu,
nous enjoint d’éprouver ce dire :
J’entre dans l’incroyance
avec un tremblement de joie.

On traverse un tunnel – l’époque, disait Mallarmé.
La nôtre, époque, est confusion – un monde rêvé-réel a disparu, un Autre
est à penser et à faire surgir, et nous sommes là, dans l’entre-deux qui perdure,
pauvres fous, vigilants et seuls, à considérer les mondes mentis,
paysage sous surveillance.

Saluons alors comme le poète le blanc souci de notre toile,
qui est le temps présent, puissance du plein présent.
Là, les possibles du théâtre rencontrent
les possibles de notre monde
et de nos vies à venir.

À condition de se fier à l’Annoncier : écoutez c’est là que ça tranche.

Trouées nouvelles de désir, de pensée, rien d’attendu.

Le théâtre, de ce Jamais qui s’inscrit en Aujourd’hui, réinvente son Action restreinte à lui : la représentation. Notre ouvrage précaire et joyeux.

Alors, je passe mon temps à transposer, à traduire, à démêler,
à m’engloutir pour m’extirper,
à pétrir et ériger ces corps et ces paroles
– rien d’autre que l’apparition de la Beauté
singulière, tentée mais inespérée, lumineuse,
dans cette Forêt dense (du théâtre)
qui ressemble à s’y méprendre à la mémoire des héros.
Amour est aux rouleaux de la Forêt.

27 avril 2014

– au générique du plagiaire : Brecht, Courteline, Mallarmé, Guyotat, Glissant, Demangeot, Müller, Michel, Pazzottu, Aragon, Beck, et le fantôme de Claudel.

A la Commune
texte Alain Badiou , mise en scène Patrick Zuzalla

Émission Contre-courant

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SPECTACLES