questions à Phia Ménard

I
Est-ce que tu fais du théâtre ?

Oui, une sorte de théâtre…

II
Que veux-tu de lui ?

Je lui en veux avant toutes choses.
Je lui en veux d’échouer à transformer le monde. À penser qu’il n’a jamais eu cette volonté… Raconter des histoires, l’Histoire, décrire nos erreurs, nos impasses, tenter d’imaginer nos avenirs et toujours pas de résultats : mauvais élève quoi !
Je veux d’un théâtre où les formes sont indéfinies, libérées de toutes les conventions. Je veux d’un théâtre comme on découvre une grotte où de l’ombre apparaît l’inconscient, où les peintures et les graffitis se font suite. C’est en cela que je « nous » reproche d’échouer à faire du théâtre une nourriture nécessaire à la majorité du monde. Je veux de lui qu’il m’empêche de me satisfaire d’être seule et m’oblige à me rappeler que l’autre est un monde à savourer.

III
« On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé. Qu’est-ce qui bouche le désir ?

L’oubli et la facilité !
L’oubli de notre insignifiance à l’échelle du cosmos. Une volonté farouche à effacer toutes traces de notre animalité et les nier dès l’enfance.
La facilité à la complaisance, à croire les beaux princes autant que les vœux pieux. À se contenter d’un résumé plutôt que d’éprouver nos impatiences.

Comment tu le débouches ?
Je refuse l’humiliation du « There is no alternative » en ouvrant les portes à l’inconnue.
Je cherche l’autre, j’évite la morsure de la nostalgie, je me dévêts de l’apparence, je refuse la sacralisation. Je joue à Monroe au passage du vent sous ma robe, j’adore sentir mes pieds perdre le sol et enfin je bannis les théâtres sans bar.

IV L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y-a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
Amour et Beauté sont épuisés, vidés, violés, vendus, glorifiés, standardisés… «  VIVRE L’AMOUR SAUVAGE »,  «  VIVRE LA BEAUTÉ INDOMPTÉE », ce sont les mots inscrits sur ma pancarte, celle que je trimbale de manifestations en manifeste, sans ponctuation, juste libres comme arrachés au récit pour être jetés au regard. Et si le vent ou la police me les retirent, j’inscris ces désirs sur ma peau au stylo à bille (je ne les tatoue pas), pour être obligée de les réécrire après chaque douche et ne pas les oublier !

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