questions à Patrick Zuzalla

Les Âges nouveaux

– essai de formulation
Oui, je fais du théâtre – un faiseur d’embarras, comme dirait le commissaire, qui, lui, est bon enfant –, mais dans la discipline et la merveille d’un haut poème.

Le théâtre, dans l’exercice
quotidien qui est le mien,
ou pour le spectateur
inconnu, survenu,
nous enjoint d’éprouver ce dire :
J’entre dans l’incroyance
avec un tremblement de joie.

On traverse un tunnel – l’époque, disait Mallarmé.
La nôtre, époque, est confusion – un monde rêvé-réel a disparu, un Autre
est à penser et à faire surgir, et nous sommes là, dans l’entre-deux qui perdure,
pauvres fous, vigilants et seuls, à considérer les mondes mentis,
paysage sous surveillance.

Saluons alors comme le poète le blanc souci de notre toile,
qui est le temps présent, puissance du plein présent.
Là, les possibles du théâtre rencontrent
les possibles de notre monde
et de nos vies à venir.

À condition de se fier à l’Annoncier : écoutez c’est là que ça tranche.

Trouées nouvelles de désir, de pensée, rien d’attendu.

Le théâtre, de ce Jamais qui s’inscrit en Aujourd’hui, réinvente son Action restreinte à lui : la représentation. Notre ouvrage précaire et joyeux.

Alors, je passe mon temps à transposer, à traduire, à démêler,
à m’engloutir pour m’extirper,
à pétrir et ériger ces corps et ces paroles
– rien d’autre que l’apparition de la Beauté
singulière, tentée mais inespérée, lumineuse,
dans cette Forêt dense (du théâtre)
qui ressemble à s’y méprendre à la mémoire des héros.
Amour est aux rouleaux de la Forêt.

27 avril 2014

– au générique du plagiaire : Brecht, Courteline, Mallarmé, Guyotat, Glissant, Demangeot, Müller, Michel, Pazzottu, Aragon, Beck, et le fantôme de Claudel.

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