Questions à Pascale Nandillon et Frédéric Tétart

I°)
Est-ce que tu fais du théâtre ?
Oui. Et de l'archéologie aussi. C'est un lieu d'origine où l'on retourne sans cesse, une obscurité féconde. Car il s'agit d'approcher cette chose qui surgit des profondeurs de la mer et de la capturer dans les filets du langage.*

II°)
Que veux-tu de lui ?
Qu'il soit l'espace de la question ouverte et de la polyphonie. Qu'on y entame un dialogue profond avec l'autre, avec la fibre de sa pensée – ce cerveau commun qui se construit entre le plateau et les spectateurs. Qu'on y sonde le réel. Qu'il fissure les carcans du langage et des corps, qu'on y entende des voix inouïes.Qu'il ose sa liberté et qu'on s'y affranchisse.

Qu'est-ce que tu ne veux plus de lui ?
Qu'il nous surplombe par son discours et ses formes.
Qu'il cède à l'affolement de l'époque. Qu'il recycle la catastrophe en produit culturel.

III°)
« On traverse un tunnel – l'époque » disait Mallarmé.
Qu'est-ce qui bouche le désir ?
La lâcheté. L'inertie.

Qu'est-ce qui le débouche ?
Le courage de la pensée. La puissance de l'imaginaire. L'affairement quotidien avec les autres, l'héroïque condition humaine. Veiller à laisser les fenêtres et les portes entrouvertes.

IV°)
L'Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
L'amour..., la beauté..., désarmés de leurs majuscules, toujours en mouvement. Ils s'accrochent dans la buée du poème, au coin d'une rue. Dans l'improbable de la rencontre. Dans l'indompté.
Le monde il est là, de tous les côtés !** dit Ernesto. L'intelligence aussi, celle qui repousse obstinément, qui reprend ses droits fondamentaux dans la simple nécessité de fleurir.

* Virginia Woolf / ** Marguerite Duras

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