questions à Michel Cerda

I
Est-ce que tu fais du théâtre ?
a) oui    b) non

Oui et cela fera bientôt 50 ans.

II
Avant de répondre à ces questions il me faut distinguer
A - le théâtre : le plateau, la piste, la salle de répétition, le lieu de création, notre salle de travail.
B - LE THÉÂTRE: ses accotés, sa périphérie, son tourbillon - autant de cercles qui nous éloignent chaque fois plus des préoccupations et des enjeux de la création artistique.
réponse a) : Que veux-tu de lui ?
Qu'il soit visionnaire et incandescent qu'il se risque à risquer sa pensée
Et si je ne voulais plus rien de lui, j'arrêterai sur-le-champ !
Qu'il se réinvente
Qu'il sorte de la grande kermesse culturelle
De la cour et de l'étiquette, des pots et des paillettes
De la fratrie feinte, de la communauté convenue
Du commerce calculé et de l'économie effrénée
réponse b) : Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ? 
Qu'il poursuive sa route comme si de rien n'était !

III
« On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé.
Qu’est-ce qui bouche le désir ?

Le construit, l'assurance, l'institué, le solide, la certitude.
Comment tu le débouches ?
Vagabonder, prendre la tangente et ne pas être là où l'on vous attend.
Slalomer entre les interstices.
S'assouplir, se penser comme le roseau de la fable.

Et jouer des paradoxes

Fuir le style
« Prends garde au style qui deviendra à force manque de courage, manque d'ouverture. Tâche d'en sortir. Va suffisamment loin en toi pour que ton style ne puisse plus suivre » Henri Michaux

Se perdre pour communiquer
« Ces moment d'intense communication que nous avons avec ce qui nous entoure sont en eux-mêmes insaisissables, en effet les choses qui nous environnent, nous n'en jouissons que dans la mesure où nous sommes perdus, inattentifs, si nous cessons d'être perdus si notre attention se concentre, nous cessons pour autant de communiquer. » Georges Bataille

Être dans le mouvement permanent en dehors des routes déjà tracées et faire de cela une éthique, un programme politique.

IV
L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ?

« Souvent la beauté réside d'abord en ceci seulement que je l'ai enfin trouvée. » Peter Handke
Je dirais la même chose de l'Amour.
Y a t il un endroit du monde où tu les accroches ? 
JE N'ACCROCHE RIEN
Pas de médaille à mon veston
Ni de drapeau à mon balcon
Pas de formules aux frontons
Ni de cadres ni de leçons
Pas d'effigies ni de blasons
En moi sont les contradictions
Les paradoxes et les tensions  
Les effusions et les pulsions
Et je souffle dessus à chaque occasion
Pour que cela ne s'éteigne pas
Que cela reste debout, vivant, là
Que cela ne s'effondre pas 

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