Questions à la troupe de l'École des actes

 Choeur de La Commune : Amiodou Berte, Abd Djibril Djibril, Adam, Moussa Doukoure,Halimatou Drame, Maxime Fofana, Ismael Keita, Abdou Sylla

 I°)
Est-ce que tu fais du théâtre ?
— Oui. La comédie était dans mon corps déjà
— Bah oui, on fait du théâtre, non ?
— Oui, ça me plaît beaucoup. Mais on est nouveau dedans.
— Je ne suis pas un acteur professionnel du théâtre, mais on essaie de faire du théâtre.
— On apprend.
— Oui, je fais le théâtre. Je suis féru de théâtre.

II°)
Que veux-tu de lui ?
— Qu’il nous change, que ça nous transforme. Quand je fais et quand je vois du théâtre, je ne veux pas rester la même comme avant. Ça nous aide à avancer, à réfléchir, ça nous donne du courage pour la vie. Le théâtre me donne envie de voir à l’intérieur, c’est quoi dedans, je veux continuer à voir ce que c’est. Pour moi, les gestes, le texte, la manière dont tu fais attention, dont tu écoutes. L’écoute, c’est ça qui est important pour moi.
— Le théâtre, ça doit faire réfléchir.
— Je suis venu ici, ça m’a donné courage. Comme à l’École, le théâtre, ça doit faire sortir les nouvelles idées, les nouvelles paroles, ça te pousse à voir clair dans la vie, à marcher. Ça augmente notre mémoire.
— Ce que je veux du théâtre, je découvre quelque chose que je ne connaissais pas, des choses qui n’ont rien à voir avec ma vie, qu’il me donne d’autres idées…
— Je veux qu’il me donne la passion. Découvrir les cultures. Chaque langue a sa culture. Je veux que le théâtre m’aide à bien comprendre cette langue.
— C’est impressionnant de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre qui n’est pas moi. Je veux essayer de rentrer dans une profondeur, détecter toutes les petites choses que je peux ressentir, comprendre comment le personnage vit ça réellement.
— Je veux que ça me raconte des histoires que je ne connais pas. 

 Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ?
— Je n’ai pas encore vu beaucoup de pièces. Celles que j’ai vues, ça m’a intéressé.
— Je ne veux pas dire c’est bien, c’est mal. Le théâtre peut me dégoûter, me déplaire, des fois il y a des acteurs qui ne jouent pas leur rôle comme tu veux.  Il y a des sujets sensibles.
— Je n’aime pas les surtitres au théâtre. Ça passe trop vite. Après, je suis perdu. 

III°)
 « On traverse un tunnel – l’époque. » disait Mallarmé.
Qu’est-ce qui bouche le désir ?
— Pourquoi le monde est bouché aujourd’hui ? On est dans l’obscurité, parce qu’on ne prend pas les gens au sérieux et les dirigeants signent des lois qui n’arrangent pas les gens.  Les dirigeants bouchent pour que les gens ne puissent pas avancer. Ils pensent à eux-mêmes, à leurs intérêts, ils ne pensent pas aux autres. C’est l’intérêt de quelques-uns, l’intérêt des puissants, des riches.
L’asile, c’est un vrai tunnel aujourd’hui. Nous, on est dans le tunnel actuellement.
— L’État bloque les désirs des gens.  Ils te font croire que ce sont eux qui décident à ta place.
— Les lois ont tout bloqué. Les lois aujourd’hui bloquent tout le monde, français comme étrangers.
— On ne voit pas les rayons. Il fait noir là-dedans. C’est le manque de foi.
— La société ne va pas bien, parce qu’il n’y a plus de partage commun. Chacun pense à lui. Il n’y a pas de pensée collective. Au bout d’un moment, on se trouve dans une société où chacun avance seul dans l’obscurité. C’est catastrophique le monde d’aujourd’hui. Il n’y a plus le désir, ni l’amour d’un projet collectif. Aujourd’hui, il y a des mondes différents, on a  oublié qu’il n’y a qu’un monde.
— Ce qui bouche le tunnel, c’est que certains tamponnent les idées des autres, comme si elles n’existaient pas. Les idées de chacun doivent être respectées et travaillées. 

Comment tu le débouches ?
— En cherchant de nouvelles idées.
— Il faut trouver des solutions par la discussion entre nous tous. Aujourd’hui, on manque d’idées. Les idées, elles naissent par la discussion. Il n’y a pas une personne qui change le monde.
— Pour le déboucher, il faut être ensemble pour se donner une direction.
— Plus c’est collectif, plus on se donne de la force.
— Pour moi, ce qui le débouche, c’est la prière.
— Prendre confiance en soi et dans les autres. Accepter les autres tels qu’ils sont. Sans la confiance, on ne peut pas désirer, ni s’investir dans quelque chose.
Même quand tu penses que c’est pas possible, penser que c’est possible et alors ça peut l’être.
— Il faut de la patience aussi, pour ne pas perdre ses désirs.

VI°)
L’Amour ? La beauté ? Tu les cherches encore ?
(rires)
— Je veux quelqu’un qui marche avec moi, qui ne cherche pas son intérêt.
— Le monde aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup d’amour. Ça diminue. On est dans le XXIe siècle, chacun est de son côté. Il n’y a pas de vrai amour.
— L’Amour d’aujourd’hui est trop intéressé. Il y a trop de séparation entre les gens, trop de gens sont mis à l’écart. Il faut une vraie idée de l’Amour, s’entendre, se mettre ensemble.
— Bah oui, c’est très important. L’Amour, c’est le bonheur. Sans Amour, on ne peut pas vivre. Il faut chercher ça. La beauté, ce n’est pas nécessaire.
— Beauté, c‘est quoi même ?
— Pour moi, la beauté et l’amour c’est pareil, non ? Quand je vais voir une pièce et que je dis, c’est magnifique, c’est que les gens ont mis de l’amour dans leur travail, la façon dont ils ont pris la pièce ensemble, ils nous montrent la beauté.
— Chercher comment ?
— Oui, je les cherche dans le monde.
— Le monde même a été construit sur l’Amour. Quand on va au théâtre  ou quand on joue au théâtre, c’est pour avoir des sensations, pour se donner du plaisir et donner du plaisir aux autres. C’est un lien d’amour.
— L’amour ne te tombe pas dessus, c’est un cheminement. L’Amour vient au fur et à mesure, il s’installe.
— La beauté, l’idée de la beauté, c’est chercher une société où on essaie de poser l’équilibre. Je cherche l’équilibre dans ma vie, dans cette société. Pour l’instant, il n’y a pas d’équilibre.
— Oui, le monde équilibré, c’est ça que nous tous, on cherche.

Un endroit du monde où tu  les accroches ?
— Laisse-moi réfléchir… On accroche ça où…
— Je l’accroche dans le monde, partout où je passe, dans toutes les rencontres, je l’accroche là-bas.
— Je cherche ça dans les amis.
— Je les cherche dans le cœur, c’est le désir qui vit en soi-même. Ça s’enracine en soi pour prendre une vraie forme. L’amour, il vient quand on secôtoie, quand on se connaît.
— Suspendus… Je les repère dans la prière. Le respect, l’amour, il faut pardonner, avoir l’amour de son prochain, c’est ce qu’on m’a enseigné et avec lequel j’essaie de cheminer.
— Je les accroche dans la nature.
— On l’accroche nulle part, on est né avec, on vit avec cette sensation que la beauté et l’amour existent, il suffit de ressentir. C’est pas un objet, on le sent.  Le monde est à sa place. Et la beauté et l’amour font partie du monde.  Le monde ne bouge pas, ce sont les créatures qui changent.

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