Questions à Jean Boillot

I°)
Est-ce que tu fais du théâtre ?
a) Oui. Du théâtre qui flirte avec d’autres disciplines, comme la musique.
Je fais avant tout du théâtre. Si ce théâtre parle parfois de politique, c’est un théâtre du politique. Mais c’est avant tout de l’art. 

II°)
réponse a) : Que veux-tu de lui ?
Qu’il me fasse dresser les poils. Qu’il me touche au cœur et à la tête.
Qu’il soit hors normes, qu’il soit trop : trop court, trop long, trop fou… qu’il ne soit en rien banal, formaté. Qu’il soit toujours exceptionnel.
Qu’il soit une rencontre entre des histoires de spectateurs (à commencer par la mienne, je suis le premier d’entre eux) et l’histoire racontée sur la scène : une rencontre entre des vies réelles et des vies possibles. Et que ces histoires rentrent en vibration, dans une émotion et une intelligence nouvelles, contradictoires et partageables, qui fassent communauté.
Metteur en scène, je fabrique de la rencontre : entre les personnes de mon équipe, entre du texte et de la musique, entre des acteurs et des spectateurs. Je rends cette rencontre possible. Si elle a lieu,  si elle se passe bien, je suis content. Sinon, c’est dommage, mais c’est bien aussi : toutes les rencontres ne sont pas possibles. On ne peut pas être ami de tout le monde. 

III°)
« On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé.

Qu’est-ce qui bouche le désir ?
Si le bouchon existe, il permet au désir de se renforcer. Quand il s’exprime, c’est le bouchon qui saute, et alors champagne et fête ! Car tout s’en trouve transformé et joyeux. 

Comment tu le débouches ?
En faisant gonfler le désir. Et pour cela, il faut que j’aie le temps de m’ennuyer. L’ennui n’est pas le diable, il est très important pour moi. Il est synonyme de rêverie, divagation et donc de création.
En me décadrant, en pensant à autre chose, en rencontrant des gens nouveaux, d’un autre milieu, d’une autre discipline, en voyant d’autres paysages, en marchant dans la forêt.
Parfois, c’est la brutalité de l’opportunité qui permet à un désir de s’exprimer : on te demande de faire une création en trois jours, alors pouf ! ça jaillit. Et c’est bien aussi.  

IV°)
L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ? 

Je cherche toujours quelque chose comme ça. Je les trouve parfois dans différents endroits, dans ma maison, dans un son, dans les paysages du Jura, souvent au théâtre, dans les spectacles d’autres ; parfois dans les miens, pendant les répétitions. Il faut dire qu’on passe beaucoup de temps ensemble, qu’on partage ce qu’on a de meilleur, avec exigence et bienveillance. Alors souvent il sort des trucs magnifiques qui sont le dépassement de chacun : le possible devenu réel, une sorte d’épiphanie que seul le théâtre permet. 

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