questions à Gildas Milin

I
Est-ce que tu fais du théâtre ?

Non. Le verbe « faire » ne va pas dans la question. Je perçois le théâtre comme la relation entre deux êtres ou deux groupes d’êtres, l’un ou les uns suspendant leur activité pour permettre à l’autre ou aux autres de se déployer dans leur activité. Accord contractuel, si étrange, si profond, entre ceux qui suspendent – et ceux qui déploient. Spectateurs – acteurs, dans la vie, à chaque seconde, ou dans la salle pour le temps de la représentation. Sorte de respect qui a pour seul média des humains. Non, je ne fais pas de théâtre, je prends part à cette chose, parfois j’y agis, parfois je la considère, je regarde le truc « se faire », « me faire » quelque chose et « faire » quelque chose à d’autres.

II
Que veux-tu de lui ?    

(Je réponds à la question a), ça englobe à mon sens la seconde question)
Je ne veux strictement rien du théâtre.

III
« On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé.
Qu’est-ce qui bouche le désir ?

Peut-être on devrait parler des désirs plutôt que du désir, des mosaïques délirantes excessives et contradictoires qui habitent une personne jusqu’à faire exploser plus ou moins doucement, parfois, par chance, la soi-disant identité d’un sujet qui est presque un, mais aussi presque une infinité.
Ce qui a pas mal bouché mes désirs ces derniers-temps, c’est un gène de la rétention des métaux lourds (il existe quatre gènes de ce type : APOE3, APOE4, double APOE4, et un mix des deux. Ces gènes sont responsables, main dans la main avec notre soi-disant médecine moderne et avec notre économie mondiale, des maladies dites « émergentes », entre autres : Parkinson, autisme, sclérose en plaques, fibromyalgie, Alzheimer, quasi totalité des maladies chroniques, etc.). Ces maladies sont l’expression, dans les corps d’un tiers de la population mondiale (portant ces gènes), de deux réalités :
1 – des humains veulent que bientôt tout puisse être à acheter et à vendre.
2 – des humains pensent les humains comme des objets superflus circulant sur des zones d’échanges commerciaux.
Ce bouchon touche, vous l’aurez compris, des milliards de milliards de désirs et m’a donné pas mal de fil à retordre ces derniers-temps. Ça devrait finir, me concernant, à force de traitements divers, par se déboucher un peu, avec les années, et laisser passer peut-être plus tranquillement un flux des désirs… to be continued.
Comment tu le débouches ? 
Par une sorte de combat, qui, de l’extérieur, doit sembler aussi ridicule que touchant.

IV
L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ?

Si l’amour, la beauté ont à voir avec une intelligence, une possibilité soudaine de se déconditionner, je cherche encore peut-être, tout en cherchant, à arrêter de chercher, à ménager dans la recherche une visée sans buts (sans amour, sans beauté, par exemple).
Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ?
On n’accroche pas ce qu’on ne peut ni mesurer, ni chiffrer.

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