questions à Bérangère Jannelle

I) Est-ce que tu fais du théâtre ? 
    Oui.
    Non.

Oui absolument. Je crois que je travaille dans ce lieu ancien construit en même temps que l'agora des vieux Grecs où se crée la politique. En même temps qu'on parlait de désir et d'amour en sirotant de l'ouzo face à la mer Égée.

II) 
réponse a) : Que veux-tu de lui ?

Qu'il nous dégivre.
réponse b) : Qu’est-ce que tu ne veux plus de lui ? 
(on est autorisé à répondre aux deux !)

Qu'il soit paresseux, superflu et mal écrit.

III) « On traverse un tunnel - l’époque », disait Mallarmé.
J'aime le théâtre anachronique parce qu'il est beaucoup trop en avance ou beaucoup trop en retard (mais alors des siècles et des siècles !).
Je crois que pour le théâtre l'époque est toujours un costume étriqué. Je préfère la peau nue et les pliures, les plissures, à travers laquelles on peut entrevoir, quoi ?
Qu’est-ce qui bouche le désir ?
La puissance, la consommation, la peur de l'inconnu sans doute. 
Comment tu le débouches ? 
Je pars à l'aventure !
Je crois que la seule façon pour l'homme de surmonter l'aridité du réel, sa déception, c'est l'imaginaire.
J'essaie pour ma part d'ouvrir les points de vue, de changer les focales, les cadres, les contextes, les lumières dans lesquels les corps tremblent et jouent différemment. Les mises au point sur les détails me passionnent. J'ai l'impression que dans le détail il y a vraiment les anges et les diables et que les arrière-plans et les activités au bord du cadre ont des histoires/poésies à raconter très intenses. J'aime faire varier les niveaux d'adresse et d'écoute comme la lumière atlantique dans une même journée.
Aller au théâtre ou sur les bords du Gange ! Ou sur une île battue par les vents ! Ou dans un souk au milieu du désert !
En fait, j'essaie de bousculer les habitudes du spectateur qui souvent l'engourdissent un peu, comme un plâtre que l'on garde trop longtemps. Ça fait des démangeaisons. Du coup, j'aime faire des spectacles où le spectateur change de place au sens propre et figuré et s'étonne de ce qu'il ne reconnaît pas.

IV) L’Amour ? La Beauté ? Tu les cherches encore ? Y a-t-il un endroit du monde où tu les accroches ? 
Tout ce qui est beau m'émeut aux larmes. Quant à l'Amour ? Je crois davantage à l'Amitié pour le théâtre. Sinon il y a la passion pour un absolu énigmatique comme un vieille inscription sacrée gravée sur une pierre sans âge, l'homme renversé de la Grotte de Lascaux par exemple. Mais atteindre l'absolu ? Nous les hommes, ça on ne le peut pas ! Non vraiment, je n'accroche rien, je n'aime pas les breloques.

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