Hommage à Jack Ralite

Pour Jack Ralite

La disparition de Jack Ralite est une perte considérable pour tous ceux qui croient en la nécessité d’un service public des arts et de la culture, et pour le Théâtre de La Commune c’est un chagrin immense, un chagrin d’enfant. Nous pleurons celui qui fut, avec Gabriel Garran, le fondateur à Aubervilliers de ce premier CDN de banlieue. Toute l’équipe du théâtre présente ses condoléances à la famille de Jack Ralite, à ses amis et proches, et s’associe à la tristesse de Gabriel Garran, de tous les directeurs qui nous ont précédés, et des spectateurs de ce merveilleux théâtre, qu’il a tant aimé, qu’il a tant soutenu et inspiré. Il y avait entre les artistes et Jack Ralite un accord merveilleux, qui était comme un charme. Quiconque a connu Jack, se souvient des larmes qu’il avait à chaque fois qu’il évoquait son amitié pour Jean Vilar, Antoine Vitez et tant d’autres poètes et gens de théâtre. C’étaient des larmes qui à notre tour, nous faisaient pleurer, émerveillés qu’un homme politique ait tant aimé l’art. Pourquoi ces larmes ? Elles ne sont pas que de gratitude et de tendresse. Les larmes de Jack Ralite étaient, comme le dit Georges Didi-Huberman, les larmes de la politique au coeur ; les larmes que toute la beauté des gens, des humiliés et des offensés, lui faisait répandre : et aussi tout le maintien, malgré tout, du courage, de la vision à venir, du pas nouveau, et de tous ces talismans de bonté et de beauté, dont l’homme est capable. Jack Ralite était l’un des derniers hommes politiques à affirmer qu’il n’y a pas de politique sans politique culturelle. C’est dire s’il nous faut être ses enfants.

Voici le texte que j’avais voulu prononcer devant lui en juin 2015, lors de la parution du recueil de ses écrits aux Solitaires Intempestifs : « Je ne connais personne à part vous, Jack, qui du strict point de ce qu’il est, c’est-à-dire un homme politique, a fait que de la part des artistes aillent vers vous l’admiration, l’affection et la totale confiance et souvent même l’idée que peut-être vous seul, soyez encore la luciole et qu’avec vous marche encore une promesse d’avenir. Je ne connais personne comme ça et pour moi, cela dit beaucoup de choses sur ce que doit être la politique, car si les artistes sont ainsi face à Jack émus, bouleversés de rencontrer l’oeil, l’oreille, la pensée, c’est que celui qui a porté politiquement leur cause, l’a fait selon moi du point de sa stricte humanité, non au nom de la politique des dispositifs, de la gestion, mais au nom de la seule politique qui vaille : un homme qui cherche pour lui à éclairer les points intenses de la vie, qui se demande mais qu’est–ce que c’est que l’amour, qu’est-ce que c’est que la beauté, qu’est-ce que c’est que la justice, qu’est-ce que c’est que l’hospitalité faite à chacun, même et surtout à ceux qui sont les autres et qui cherchant ainsi les équations de la vie a fait de l’art son éclaireur, son aliment, sa passion et sa fidélité. Cela tient à un autre point aussi qui est que pour moi, Jack Ralite, vous êtes un affamé d’avenir. Un jour ici, un ami critique Patrick Sourd, m’a dit : « l’homme moderne, c’est Ralite «. Et je crois que c’est cela que l’on trouve dans vos textes et dans le texte que vous nous avez fait l’amitié d’écrire pour les 50 ans du Théâtre de La Commune. Ce sont pour moi des textes comme ceux des grands inventeurs qui cherchent toujours à faire rentrer de l’air dans la pièce, qui cherchent des combinaisons nouvelles, de la précision nouvelle dans l’identification des problèmes. Et donc Je crois que vous êtes un créateur, vous êtes un créateur de la politique, de son pragmatisme inventif. Vous êtes amoureux d’apparitions d’idées, de solutions nouvelles. On peut dire que c’est doux, que c’est bon, que c’est pacifique comme un poème mais c’est aussi cette passion du présent vécue comme un corps à corps avec l’idée de mettre son corps dans la bataille. Vous l’entendez Jack je vous rends votre Pasolini pour lequel vous avez tant de piété, je vous le rends parce que je sais que sous votre douceur, votre délicatesse, vous avez eu la vraie passion du courage, la passion du réel à transformer, pour son temps mais aussi souvent contre le temps. À vous donc, moi donc qui suis la modeste porte-parole de cette profession qui vous regarde comme l’ami, comme l’espoir, le donneur des paroles justes, et de l’attention vraie à l’art, à vous donc, je dois vous dire toute notre fidèle admiration, notre gratitude et notre simple égalité. »

Marie-José Malis

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